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Retour 1789-1995

A L'AUBE, LA RÉVOLUTION FRANÇAISE

Deux révoltes marquent 1a Révolution française d'un sceau particulier. En elles, se conjuguent deux mouvements: la lutte politique contre l'oppression (c'est à Grenoble) et la lutte sociale pour les salaires (c'est à Paris).
À sa naissance, le mouvement populaire comprend ces deux dimensions, qui mettront près de cent ans à se différencier d'une manière stable, assurant ainsi l'indépendance du syndicalisme.

Plusieurs mois avant la prise de la Bastille et le début de la Révolution française, la colère gronde chez le petit peuple des villes et des campagnes. Les revendications sont essentiellement économiques et sociales. La politique sera l'affaire de la bourgeoisie et de la noblesse éclairée.
Tout commence au tournant des années 1785-1787. Le royaume est en pleine crise financière aboutissant à la retentissante banqueroute d'août 1788. En quatre ans la hausse des prix est de l'ordre de 62%. Sur les vingt-quatre millions de sujets de Louis XVI, se sont les vingt-trois millions et demi appartenant au tiers état qui sont les plus touchés. À l'époque les couches populaires dépensent la moitié de leur budget pour leur pain quotidien. Or le prix du blé a flambé et l'État désargenté multiplie les pressions fiscales.
Le Dauphiné est alors le théâtre d'une industrialisation moderne : métallurgie, papeterie, textile. Les vingt-trois mille habitants de Grenoble sont sous la coupe d'une vingtaine de familles commerçantes.
Dès 1786, l'administration royale tente de supprimer les avantages fiscaux du Dauphiné. Le parlement local, qui est une cour judiciaire d'enregistrement des édits royaux, refuse cette réforme fiscale le 9 mai 1788. Le lendemain, le lieutenant général, sorte de préfet de l'Époque, ferme le parlement et des mandats d'amener, les fameuses lettres de cachet sont lancés contre les parlementaires.
Le peuple de Grenoble, qui a déjà bien du mal à joindre les deux bouts, s'oppose à l'arrestation de ceux qui ont refusé la nouvelle pression fiscale. Deux bataillons de soldats sont dépêchés sur la place d'arme et un manifestant est tué.
Aussitôt les artisans, boutiquiers et ouvriers montent sur les toits de la ville et bombardent de tuiles les troupes du Royal Marine et du comte de Clermont-Tonnerre. L'émeute durera six heures. Cette "Journée des Tuiles" débouche peu après sur l'assemblée de Vizille. Pour la première fois les représentants du tiers état sont aussi nombreux que ceux de la noblesse et du clergé. Ce sont donc bien les prémices des États Généraux et du début de la Révolution. À la même époque Dijon, Toulouse, Pau et Rennes connaissent de pareils affrontements.
Mais c'est à Paris que la révolte ouvrière reprend de plus belle. Dans les ateliers et les manufactures, les compagnons, les apprentis et les ouvriers (ces derniers astreints au livret n'ont pas le droit de quitter leurs employeurs) triment 14 à 16 heures par jour pour 20 sous. Une miche de pain vaut alors 2 sous et sur six cent cinquante mille Parisiens, cent vingt mille sont au chômage et vivent dans l'indigence.
Dans ce contexte explosif, le manufacturier en papiers peints Réveillon déclare qu'un ouvrier peut bien vivre avec 15 sous par jour.
Le 27 avril 1789, ses employés rejoints par le peuple des faubourgs manifestent. Le lendemain ils mettent à sac deux maisons. Les hommes de la prévauté tirent. Le pavé rougit. Une semaine plus tard des États Généraux s'ouvrent à Versailles.
Deux mois après les Parisiens prennent la Bastille.