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Retour 1789-1995
LE CONGRÈS DE NANTES : POUR LA GRÈVE GÉNÉRALE
Le Congrès de Nantes (17-21 septembre 1894) est une étape importante dans le mouvement d'unification syndicale, qui sera officiellement entérine l'année suivante à Limoges avec la création de la CGT. Les délégués de la Fédération Nationale des Syndicats et ceux de la Fédération des Bourses du Travail de France et des Colonies adoptent deux motions essentielles "l'indépendance syndicale" et le principe de la grève générale.
Au cours de cette réunion, l'influence de Fernand Pelloutier devait se montrer prépondérante. Dirigeant de la Fédération des Bourses du Travail anarchiste militant, il avait, par de nombreux articles, popularisé l'idée de la grève générale émancipatrice.
L'éloignement entre syndicats et partis politiques qui s'opère à l'occasion du Congrès de Nantes va de pair avec l'intégration des anarchistes dans les organisations ouvrières. Ces derniers avaient dénoncé dans un premier temps les "lois scélérates ", de 1884 qui avaient légalisé les syndicats considérées comme une tentative de récupération du mouvement ouvrier par le pouvoir. A Nantes, ils réaffirment que ce n'est pas la prise du pouvoir qui importe, mais sa destruction. Mais le moyen pour atteindre ce but a changé : la grève générale prend le pas sur les actions violentes. La motion votée à Nantes proclame qu'elle est bien supérieure à l'insurrection : "En présence de la puissance militaire mise au service du capital une insurrection à main armée n'offrirait aux classes dirigeantes qu'une occasion nouvelle d'étouffer les revendications sociales dans le sang des travailleurs. Le dernier moyen révolutionnaire est donc la grève générale. Le VIème Congrès national des Syndicats ouvriers de France décide qu'il y a lieu de procéder immédiatement à l'organisation de la grève générale ". Par la suite, le symbiose de la pratique syndicale et de l'idéologie anarchiste marquera profondément le mouvement ouvrier : de 1895 à 1914, le syndicalisme révolutionnaire sera dominant et marginalisera les tendances "collectivistes". Les "guesdistes" avaient, eux, suivi une évolution inverse. Ils avaient initialement défendu l'idée d'une grève généralisée en tant que moyen pour renverser par le " vide universel " le gouvernement en place.
En 1888 le Congrès de la Fédération des Syndicats, dominé alors par les "guesdistes", avait ainsi déjà affirmé que "la grève partielle ne peut être qu'un moyen d'agitation et d'organisation. Seule la grève générale, c'est-à-dire la cessation complète du travail, ou la Révolution peut entraîner les travailleurs vers leur émancipation ". C'est pourtant le succès de cette idée, reprise non seulement par les anarchistes mais également par certains dirigeants ouvriers considères jusqu'alors comme "réformistes" -aiguillonnés, il est vrai, par une base qui souhaitait par dessus tout l'unification syndicale qui conduira Jules Guesde à faire volte-face. II dénoncera alors le " mirage trompeur " de la grève générale qui "serait plus longue encore que le suffrage universel à nous conduire au but ". En se plaçant ainsi en porte faux, les guesdistes vont se marginaliser dans les syndicats. Dans son " Histoire du mouvement anarchiste en France ", l'historien Jean Maitron estime ainsi que " Le Congrès de Nantes clôt la phase de la subordination de économie au politique. Les syndicalistes, secouant la domination dans laquelle les avaient maintenus jusqu'alors les guesdistes, se débarrassent, de cette tutelle et affirment leur autonomie."