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Retour 1789-1995
LE CONGRÈS DE MONTPELLIER UNITÉ ET INDÉPENDANCE
Certains historiens du mouvement ouvrier qualifient le Congrès de Montpellier (22-27 septembre 1902) de "deuxième Congrès constitutif de la CGT". Il marque, en effet, une étape importante, bien que souvent méconnue, entre l'acte de naissance officiel de la Confédération en 1895 et la Charte d'Amiens de 1906. Après Limoges, l'organisation de la CGT était restée relativement chaotique. Les séquelles des divisions, entre, notamment, la Fédération nationale des syndicats et celle des Bourses du travail ne s'estomperont qu'au fil des ans. L'unité se forgera dans l'action commune. Pour la concrétiser, la Confédération devra alors se structurer et dépasser les controverses entre partisans des fédérations nationales, professionnelles, et ceux des unions interprofessionnelles. L'influence anarcho-syndicaliste sera déterminante. En donnant une orientation originale au mouvement syndical français, elle a permis de résorber bien des anciens clivages. Victor Griffuelhes, cordonnier de Nérac, devient, en novembre 1901, le premier Secrétaire général de la CGT. Très ferme sur le principe de l'indépendance syndicale, il est épaulé, notamment, par Georges Yvetot, anarchiste et Secrétaire de la fédération des Bourses du travail.
L'année suivante, les 165 délégués de 458 organisations présents au Congrès de Montpellier précisent leur volonté d'indépendance vis-à-vis des partis politiques. Ils adoptent une résolution qui préfigure la Charte d'Amiens : la CGT "groupe, en dehors de toute école politique, tous les travailleurs conscients de la lutte à mener pour la disparition du salariat et du patronat. Nul ne peut se servir de son titre de confédéré ou d'une fonction de la Confédération dans un acte politique quelconque ".
Conscients de la nécessité de renforcer l'efficacité de la Confédération et de mettre fin aux rivalités internes, le Congrès adopte une profonde réforme organisationnelle. La synthèse se fait entre la représentation par secteur d'activité et la représentation géographique, considérées comme complémentaires. Les fédérations nationales d'industries et de métiers, d'une part ; les Bourses du travail en tant qu'unions régionales, départementales ou locales, d'autre part ; ont chacune un Secrétaire, mais celui des fédérations est également le Secrétaire général de la Confédération. Avec une large majorité, Victor Griffuelhes est reconduit dans cette fonction. Selon les chiffres du ministère du Travail, qui sont vraisemblablement sous-évalués, le nombre de syndiqués déclarés passe de 490 00 en 1900 à plus de 800 000 en 1906. Certaines fédérations syndicales importantes n'avaient cependant pas encore rejoint la CGT en 1902. Celle des mineurs, qui avait refusé le principe de l'indépendance avec les partis politiques, fut victime de ses divisions internes qui engendrèrent, cette même année, l'échec de leur première grève générale.

 

Victor Griffuelhes


Victor Griffuelhes, premier Secrétaire de la CGT de 1901 à 1909, ancien blanquiste reconverti au syndicaliste révolutionnaire et à l'indépendance syndicale, se retire de la vie syndicale après la Première Guerre mondiale. Ancien ouvrier cordonnier, il meurt à l'âge de 49 ans, à Paris, en 1923. En 1920, désabusé, il se souvient pourtant de l'euphorie du congrès d'Amiens qu'il décrit  ainsi:
"Nous eûmes l'ambition de réaliser sur le terrain économique l'unité concrète de la classe ouvrière: plus de jauressistes, de guesdistes, d'allemanistes, d'anarchiste, rien que des syndicalistes marchant réconciliés au même combat de classe."