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Retour 1789-1995
LA CGT A LA VEILLE DE LA GRANDE GUERRE
Jeune fille de 14 ans, la CGT vit sa première grande crise en 1909. Cinq ans plus tard, elle doit faire face aux soubresauts qui agitent le monde ouvrier européen confronté aux signes avant-coureurs de la Première Guerre mondiale.
La Charte d'Amiens (octobre 1906) avait fait passer la CGT de l'anarcho-syndicalisme au syndicalisme révolutionnaire, tout en réaffirmant l'indépendance du syndicalisme par rapport au politique. Pourtant, début 1909, certains dirigeants lancent des attaques personnelles contre le Secrétaire général Victor Griffuelhes. Sous les coups de butoir des réformistes, il démissionne le 2 février 1909. Il est remplacé par Niel, qui rejette le syndicalisme révolutionnaire. Les partisans de ce dernier passent à la contre-offensive et l'obligent à abandonner son poste le 28 mai. La jeune CGT est menacée de scission. En juillet, un jeune militant de 30 ans, peu connu, est élu Secrétaire général. Soutenu par les syndicalistes révolutionnaires, Léon Jouhaux est alors destiné à assurer l'apaisement et les transitions d'une CGT entrant dans l'âge adulte.
Fils de communard, résidant à Aubervilliers, le jeune Jouhaux a fréquenté les anarcho-syndicalistes et les universités populaires. En 1901, il passe trois mois en prison pour une bagarre lors d'un conflit social. Il est élu secrétaire de la Fédération nationale des ouvriers allumettiers. Délégué au congrès d'Amiens en 1906, il collabore au journal La Bataille syndicale. Face au développement de la droite nationaliste en 1912-1914, qui demande l'interdiction de la CGT, Jouhaux sait être intuitif, prudent et souple. En 1912-1913, il termine la réorganisation interne commencée lors des congrès de Montpellier en 1902 et d'Amiens en 1906. Au 1er septembre 1903, toutes les Bourses de travail locales doivent se fondre dans les Unions départementales. Mais les guerres balkaniques et l'attentat de Sarajevo le 28 juin 1914 font peser des risques de guerre sur l'Europe. Jusqu'à présent, le mot d'ordre ouvrier était "guerre à la guerre" et "grève générale contre la guerre du grand capital". Mais le 25 juillet 1914, Jouhaux et Dumoulin, pour la CGT, rencontrent leurs homologues allemands lors du congrès des syndicats belges. Ils sont alors persuadés que les réformistes allemands vont soutenir l'effort de guerre du Kaiser et du Reich. Trois jours plus tard, le Comité confédéral déclare: "Dans la situation présente, la CGT rappelle à tous qu'elle reste irréductiblement opposée à toute guerre. La guerre n'est en aucune façon une solution aux problèmes posés. Elle est et reste la plus effroyable des calamités humaines. À bas la guerre! Vive la paix!" Le 29 juillet, la Confédération appelle à une manifestation aussitôt interdite par le gouvernement. Elle publie une deuxième déclaration bien en retrait. Il ne s'agit plus de faire "la guerre à la guerre", mais de tenter d'éviter "le plus grave péril mondial". Le 31 juillet, Jaurès est assassiné. Le lendemain, la mobilisation générale est décrétée sans que la CGT soit en mesure de s'opposer à la guerre.