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Retour 1789-1995
LA FIN DE L'UNITÉ SYNDICALE:
CRÉATION DE LA CFTC EN 1919
Affaibli par des positions ambiguës pendant la guerre, saigné à blanc par les tranchées, le mouvement syndical ne parvient pas à sauvegarder son unité. Ce sont les catholiques qui portent le premier coup.
Le premier syndicat catholique français est fondé par le frère Hiéron en 1887. En 1914 ce "syndicat des employés du commerce et de l'industrie" ne regroupe que 8 000 adhérents. En effet comme l'ensemble des catholiques sociaux, il milite pour un syndicat mixte regroupant ouvriers et patrons, à l'opposé de la tradition syndicaliste française.
Les fondements du syndicalisme chrétien vont se référer a l'encyclique Rerum Novarum du pape Léon XIII, du 15 mai 1891. D'un côte le Vatican déclare : "La concentration entre les mains de quelques-uns de l'industrie et du commerce, …, impose un joug presque servile à l'infinie multitude des prolétaires ". Mais de l'autre côté, presque affolé de tant d'audace, le pape dénonce ceux qui, "violent les droits légitimes des propriétaires" et d'ajouter : "L'homme doit accepter cette nécessité de sa nature qui rend impossible dans la société civile, l'élévation de tous au même niveau, craignant le rapprochement du bas clergé urbain avec le monde ouvrier, Léon XIII freine l'application de sa propre encyclique après 1901. Son successeur, Pie X, l'en enterrera officiellement.
Marc Sangnier, l'ancêtre de la démocratie chrétienne, qui fonda le mouvement d'éducation populaire et de coopératives de production "Le Sillon" en 1894, doit cesser ses activités en août 1910 sur ordre de Pie X. En bon chrétien il obéit.
En 1911, les petits noyaux de syndicalistes chrétiens se fédèrent en une fédération française des syndicats d'employés catholiques traitée, non sans raison, par la CGT de syndicat jaune. Avec le retour de l'Alsace-Lorraine à la France, la fédération voit affluer 21 000 syndicalistes très pratiquants. C'est ainsi que les 1er et 2 novembre 1919 se retrouvent 400 délégués au siège du syndicat des employés du commerce, à l'appel des syndicats féminins confessionnels. La Confédération Française des Travailleurs Chrétiens est née, regroupant 125 000 adhérents. Ses forces sont chez les employés, les cheminots, dans le textile et un peu les mines. La CFTC recrute dans les zones cléricales à forte prolétarisation féminine. Son article premier proclame: "La Confédération entend s'inspirer dans son action de la doctrine sociale définie par l'encyclique Rerum Novarum ". Elle se prononce pour la collaboration de classe et contre la grève générale. La grève partielle est à peine acceptée.
Aussitôt le patronal du textile dénonce la CFTC auprès de Rome. D'ailleurs, pour l'ensemble du clergé, revendiquer est un acte impie.