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Retour 1789-1995

LA FONDATION DE L'HEBDOMADAIRE FORCE OUVRIÈRE

 

Créé dans la clandestinité en 1943, Résistance ouvrière reparaît le 29 novembre 1944. Les « amis de Jouhaux » -qui ne reviendra de déportation qu'en mai de l’année suivante - se regroupent autour de Robert Bothereau. Ils animent l'hebdomadaire. Le journal devient rapidement un espace d'expression ouvert à tous. Il se veut alors unitaire : «Nous pouvons avoir des divergences de doctrine, de méthode et d'idéal avec d'autres camarades. Nous respectons toutes les opinions (...) On ne créera pas l'Unité française sans l'Unité ouvrière.»

La générosité de cette proclamation, au lendemain de la guerre, se heurte pourtant rapidement à la réalité, de jour en jour plus évidente, de la stratégie de noyautage de tous les rouages de l'appareil syndical.

« La machine à broyer communiste était en marche et le bureau de Bothereau était devenu le bureau des pleurs de tous ceux qui perdaient leur syndicat » se souvient André Viot. Résistance ouvrière publie les lettres de nombreux militants : « l'unité proclamée par les unitaires avait un but : masquer la parenté avec le PC et donc dissimuler le sens de la bataille » écrit ainsi l'un d'eux en décembre 1945.

Le temps n'est plus à la résistance, mais à l'affirmation de la force de l'indépendance syndicale. « Hier résistance, aujourd'hui force » affirment les ex-confédérés. Force ouvrière succède ainsi, le 20 décembre 1945, à Résistance ouvrière.

Jusque vers le milieu de 1946, Force ouvrière permet à tous ceux qui ne se résignent pas à laisser la CGT aux mains des ex-unitaires d'exprimer leurs positions. Il faut attendre le mois de septembre pour que Bothereau, Bouzanquet, Neumeyer, Delamare, Cappoci, Sidro et bien d'autres, franchissent le pas en créant des groupes "Les Amis de FO ", qui, dans un premier temps, se contentent de distribuer le journal et d'organiser des conférences. Mais, assez rapidement, une véritable structure se met en place avec un groupe central FO, dont les responsables sont investis de fonctions au sein de la Confédération et dans les fédérations.

Une nouvelle étape est franchie avec la délivrance des cartes "Amis de FO " et la perception de cotisations. Force ouvrière dresse alors chaque semaine le bilan des manœuvres des ex-unitaires. C'est ainsi que, quelques mois plus tard, le nom de CGT-FO, qui perpétue la CGT et la Charte d'Amiens, s'imposera comme une évidence.