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Retour 1789-1995

BENOÎT FRACHON (CGT) SOUTIENT L'INVASION SOVIÉTIQUE EN HONGRIE

Alors que les peuples des «démocraties populaires» tentent de profiter de la prétendue déstalinisation pour secouer le joug de la dictature soviétique, les communistes français de la CGT restent fidèles à leur obéissance aveugle dans la politique extérieure de l'URSS, quitte à cautionner la terrible répression de la révolution hongroise.
Lors du XXème congrès du PC de l'Union soviétique, Nikita Khrouchtchev dévoile -le 25 février 1956- son fameux rapport sur les crimes du régime stalinien. C'est un véritable séisme qui secoue alors les "démocraties populaires" enrégimentées dans le camp soviétique depuis 1944-1948. Démocrates et ouvriers tchèques, polonais et hongrois relèvent la tête. Les Hongrois sont à la pointe de la contestation. Dès le 21 février 1956, ils réhabilitent Bela Kun, Président de la République des Conseils hongrois en 1919, exécuté plus tard en Russie pour "trotskisme". Un mois plus tard vient le tour de l'ancien ministre de l'Intérieur, Laszlo Rajk, pendu pour titisme en 1949. Le 28 juin 1956, les ouvriers polonais se révoltent à Poznan : bilan, 53 morts.

Le 18 juillet, le très stalinien patron du Parti des travailleurs hongrois, Mathias Rakosi, est remplacé par le khrouchtchévien Ernest Geroe. Deux mois plus tard, le communiste modéré Imre Nagy est intégré dans le PTH. Le 23 octobre, 300 000 Hongrois manifestent à Budapest pour leur liberté. Nagy devient Premier ministre. Aussitôt, les garnisons soviétiques présentes sur place interviennent. Les combats durent cinq jours, sans que l'Armée rouge ne parvienne à l'emporter. Des conseils ouvriers, sortes de syndicats insurrectionnels, sont créés dans tout le pays. Les premiers jours de novembre, Nagy proclame la neutralité de son pays, quitte le pacte de Varsovie, et ne garde que trois ministres communistes dans son cabinet.
Pour les Soviétiques, c'en est trop. Des renforts arrivent d'URSS et écrasent l'insurrection du 4 au 8 novembre. Malgré la grève générale des conseils ouvriers du 21 novembre, Nagy est arrêté, puis déporté en Russie. Il sera pendu deux ans plus tard. Le 9 décembre, les Soviétiques, aidés de leurs fidèles locaux, décrètent la loi martiale et interdisent les conseils ouvriers. La répression fait des milliers de morts, des dizaines de milliers d'emprisonnés et 200 000 réfugiés en Autriche.
À la CGT, les secrétaires Le Brun et Schaeffer, qui avaient croisé le fer avec Benoît Frachon au XXXème congrès de juin 1955, signent un texte déclarant : «Fidèles tant à leurs traditions neutralistes qu'au principe de la non-ingérence d'un État dans les affaires intérieures d'un autre État, ils ne sauraient pour leur part approuver les interventions de l'armée soviétique en Hongrie.»
Frachon n'a pas ces états d'âme. Le 16 novembre 1956, il écrit dans L'Humanité : «Au Bureau confédéral, comme dans tous les syndicats, chacun de nous a son opinion sur les événements de Hongrie. La mienne est connue. Elle est celle de mon parti.» Son idée de "l`indépendance" syndicale est claire. D'ailleurs, il fera ensuite pression pour que l'ensemble du Bureau confédéral se retrouve unanime pour affirmer que la CGT doit sauvegarder son unité en s'abstenant de prendre position sur l'affaire hongroise. Ce qui est un moyen de soutenir l'URSS, étant donné la révolte qu'avait suscitée l'invasion de la Hongrie par les chars russes.