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Retour 1789-1995

FORCE OUVRIÈRE DANS L'INTERNATIONALE SYNDICALE

La guerre d'Algérie terminée, la société française peut se pencher sur ses propres problèmes. L'année 1963 marque le retour des revendications ouvrières et de l'action syndicale. La grande grève des mineurs en mars en est le symbole.
Depuis près de six mois, la CGT-FO tente d'ouvrir des négociations avec les Charbonnages de France sur le statut des mineurs dont le salaire n'a pas été augmenté depuis 1957. La fédération FO des Mineurs décide alors de lancer une grève du rendement le 16 janvier 1963. Son Secrétaire, André Augard, déclare : «Aujourd'hui la grève du rendement, demain la grève générale.» La grève du rendement dure quinze jours, mais le Premier ministre, Georges Pompidou, interdit aux Charbonnages de France d'ouvrir des négociations.
Le 29 janvier, la fédération FO des Mineurs lance un appel à la grève générale pour le 1er février afin de
débloquer la situation. Le 31 au matin, la CGT emboîte le pas, mais dès le soir elle se rétracte. La grève du 1er février est alors annulée.
En effet, le pouvoir vient de promettre d'ouvrir des négociations pour le 15 février. La CFTC et la CGT s'y sont tout de suite ralliées. Les raisons de la CGT sont simples. Le 2 février des accords commerciaux franco-soviétiques, prévoyant l'importation de 1,5 million de tonnes de charbon russe, doivent être signés ! André Augard déclarera : «Nous avons été trahis pour une poignée de pois chiches».
FO ne participe donc pas à la réunion du 15 février qui est d'ailleurs un échec. En revanche, la fédération FO des Mines est reçue par les Charbonnages de France le 19 février. Elle demande une augmentation des salaires de 11 %, la semaine de 40 heures et la quatrième semaine de congés payés. Le patronat ne propose que 5,8% d'augmentation.
FO remonte donc au créneau et le 27 février, elle appelle à la grève générale pour le 1er mars avec pour slogan : "Pas de sous, pas de charbon". Le lendemain, le gouvernement réquisitionne les mineurs de Lorraine... et échoue totalement.
Le jour même, le Bureau confédéral de FO dénonce cette atteinte au droit de grève et «fait savoir qu'il ne fera aucune réponse d'aucune sorte aux invites reçues de la C.G.T.». En effet, cette fois la CGT suit. Le 1er mars, la grève générale est bien suivie et les fédérations des mineurs FO-CFT et CGC se rencontrent pour coordonner leurs actions. Le lendemain, De Gaulle signe le décret de réquisition des mineurs du Nord et envoie les CRS sur les carreaux. Pas un mineur n'obéit. Le 4 mars, la grève est totale dans les bassins du Nord, de Lorraine, de la Loire et de Provence. Les bassins d'Auvergne, des Cévennes et les gaziers de Lacq suivent.
Devant la volonté des mineurs, Pompidou fonde le 13 mars un comité des sages (1) pour sortir de l'impasse. Le 16 mars, la première rencontre avec les syndicats est jugée décevante par F0. Le 22 mars de grandes manifestations ont lieu dans le Nord, l'Auvergne et les Cévennes. À Lens, les fédérations locales FO-CFTC-CGC-CGT manifestent côte à côte. Finalement le 25 mars, le comité des sages propose 8% d'augmentation. Les mineurs refusent. Débordé, le gouvernement accepte les 11 % le 4 avril. Le 5, les mineurs, vainqueurs, reprennent le chemin des puits.

(1) Composé de MM. Massé, Bloch-Lainé et Masselin.