LE CONGRÈS DE LIMOGES : NAISSANCE DE LA CGT
Après plus de dix ans de tâtonnement, le mouvement syndical s'unifie. Réunies à Limoges du 23 au 28 septembre 1895, la Fédération Nationale des Syndicats (FNS) et la Fédération des Bourses du travail de France et des Colonies décident de créer la Confédération Générale du Travail
Après un débat désordonné les congressistes déclarent : " Entre les divers syndicats et groupements professionnels, de syndicats d'ouvriers et d'employés des deux sexes existant en France et aux colonies, il est crée une organisation unitaire et collective qui prend pour titre : Confédération Générale du Travail. " Forte de l'aspiration à l'unité de la base ouvrière la CGT naissante fédère 18 Bourses du Travail, 26 chambres syndicales et 28 fédérations syndicales, soit 300 000 membres sur les 420 000 syndiqués existant en France à l'époque.
Ouverte à tous, la jeune CGT est alors un conglomérat de différentes organisations verticales et horizontales : unions locales, fédérations locales, départementales, régionales et nationales fédérations d'industrie, Bourses du travail... Les contours sont mal définis et les ouvriers sont représentés aussi bien au niveau géographique qu'au niveau professionnel et interprofessionnel. Dans cette organisation qui se cherche, Fédération Nationale des Syndicats et Fédération Bourses du travail restent jalouses de leurs prérogatives. Fernand Pelloutier (1868-1901) dirigeant les bourses du travail s'oppose à une direction unifiée. II faudra attendre 1901 et 1902 pour mettre un peu d'ordre dans l'organisation de la CGT avec entre autres la nomination du premier Secrétaire général en novembre 1901 : l'ouvrier cordonnier Victor Griffuelhes. Les bases sont alors stabilisées et permettent l'équilibre actuel entre unions départementales et fédérations autonomes dans le cadre d'une confédération efficace.
Si l'organisation qui naît en 1895 est encore chaotique les idées sont claires. Les statuts de la jeune CGT proclament " les éléments constituant la CGT devront se tenir en dehors de toutes les écoles politiques. La CGT a exclusivement pour objet d'unir sur le terrain économique et dans les liens d'étroite solidarité, les travailleurs en lutte pour leur émancipation intégrale " Cette farouche volonté d'indépendance du syndical par rapport au politique est due a deux principaux facteurs. Premièrement, les guesdistes quittent le mouvement syndical dès 1894 pour former plus tard avec des marxistes le Parti Ouvrier Français et le Parti Socialiste Unifié. En revanche, la majorité des anarchistes abandonnent l'action directe et le terrorisme.
En 1892, le Groupe de Londres (Louise Michel, Malatesta, Kropotkine) appelle les anarchistes à entrer en masse dans les syndicats L'anarcho-syndicalisme est né. Les premiers grands dirigeants de la CGT sont presque tous de formation anarchiste : Fernand Pelloutier, Émile Pouget, Yvetot…
Un mois après le congrès de Limoges. Fernand Pelloutier publie un article manifeste dans lequel il défend le développement des idées anarchistes dans les syndicats. Cette influence libertaire aidera la jeune CGT à maintenir son indépendance, par rapport a l'État d'abord et par rapport aux partis politique ensuite . Cette indépendance sera codifiée, et fortement réaffirmée onze ans plus tard lors du congrès d'Amiens en octobre 1906.