SIGNATURE DU PACTE "GERMANO-SOVIÉTIQUE"

La tristement célèbre poignée de main entre ici comte Von Ribbentrop, ministre des Affaires étrangères du IIIe Reich et son homologue pour l'Union soviétique, Viacheslav Molotov, le 23 août 1939, allait bouleverser les relations internationales. L'Europe née du traité de Versailles, les alliances contre l'Allemagne et l'Italie volaient en éclats, précipitant l'Europe dans la Deuxième Guerre mondiale.

Le 11 août 1939, une délégation anglo-française débarquait à Moscou pour tenter, sans grande conviction, de signer un accord de défense mutuelle avec l'Union soviétique. Staline, qui avait déjà deux fers au feu, laissa mariner les occidentaux qui n'avaient pas de directives précises de leurs gouvernements. Moscou aurait bien aidé la France et l'Angleterre, à condition que ses troupes puissent "traverser" la Pologne et la Roumanie. Or, ces deux pays foncièrement antisoviétiques étaient liés à la France dans le cadre de la "Petite entente", née dans les années vingt. Le maître du Kremlin préféra donc se rapprocher d'Adolf Hitler.
Sur fond de parenté totalitaire des deux pouvoirs. Staline pouvait afficher une perte de confiance dans les démocraties occidentales qui avaient déjà abandonné l'Espagne républicaine, l'Autriche et la Tchécoslovaquie. En plus, les purges de 1936-1938 avaient décimé la majorité des cadres de l'armée rouge et du Parti communiste.

UNE ANNEXE SECRÈTE DÉTERMINAIT AVANT YALTA LES SPHÈRES D'INFLUENCE

Dans ce contexte, Hitler, comme à son habitude, fonça. Le 18 août, il signa un accord de coopération économique et le 23 son ministre des Affaires étrangères était sur place. A Moscou en moins d'un jour, Von Ribbentrop signa le fameux pacte, valable pour dix ans. Ni Staline, ni Hitler n'imaginaient qu'il durerait autant. Mais il fallait gagner du temps pour abattre d'abord les démocraties occidentales. Dans la nuit du 23, Staline en personne, connaissant "combien le peuple allemand aime son führer", portait un toast à sa santé. Une annexe secrète déterminait, bien avant Yalta, les sphères d'influence. La Pologne serait partagée et les pays Baltes, ainsi que la Finlande et la Bessarabie, appartiendraient à la zone soviétique.

LE REICH ÉVITE UNE GUERRE SUR DEUX FRONTS

L'affaire commence avec la prise du pouvoir par Hitler en Allemagne en janvier 1933. Seize
mois plus tard, ce dernier tente d'annexer l'Autriche, sans succès à cause de l'Italie mussolinienne qui ne sait pas encore quelles alliances elle doit passer. En 1936, l'Allemagne se réarme et occupe la Rhénanie, en violation du traité de Versailles, sans aucune réaction de la France. Fort de cette mollesse de Paris, Berlin annexe Vienne en mars 1938. Entre-temps l'Espagne républicaine, née des élections démocratiques, doit faire face à un quarteron de généraux félons. Alors que les Italo-Allemands soutiennent ouvertement Franco, la France et l'Angleterre militent pour la non intervention. L'URSS est présente sur le terrain espagnol, mais comme toujours, non pas pour soutenir les forces démocratiques mais pour faire disparaître les anarcho-syndicalistes et la gauche non communiste
Nouvelle reculade des démocraties occidentales : l'affaire de Munich. Après avoir croqué l'Autriche, Hitler se tourne vers la Tchécoslovaquie. Celle-ci est démembrée, sans tirer un coup de feu, lors des accords de Munich entre Daladier, Chamberlain et Hitler le 30 septembre 1938. Les Anglais et les Français signent en plus des accords de non-agression avec les Nazis. Quelques mois plus tard Madrid tombe. Enfin, en mai 1939 l'Allemagne, l'Italie et le Japon signent le Pacte d'Acier.
Comme cela ne lui suffisait apparemment pas, Staline prépare une nouvelle volte-face et un changement d'alliance. L'heure n'est plus à l'antifascisme et des contacts sont pris avec les Nazis. De son côte le Reich évite une guerre sur deux fronts comme durant la Première Guerre mondiale. Une semaine après la signature du pacte germano-soviétique, l'armée allemande se rue sur la Pologne.
Le 3 septembre, l'Angleterre et la France déclarent la guerre au Reich. Comme prévu dans la clause secrète du pacte, l'armée rouge pénètre en Pologne dès le 17 septembre. Le pays sera partagé entre Berlin et Moscou le 28 septembre.
Deux mois plus tard, l'armée rouge pénètre en Finlande mais y rencontre une forte résistance. Ce n'est qu'en mars 1940 que la petite Finlande capitule. En juin, alors qu'Hitler vient de balayer les armées françaises, Staline envahit la Bessarabie roumaine.
Le pacte germano-soviétique a pourtant été un marché de dupe et le plus rusé n'a pas été le "Petit père des peuples"... Grâce à ce pacte, Hitler a eu les mains libres en Pologne et sur le front Ouest. Une fois sa victoire assurée, il a eu tout le temps pour ce tourner vers l'Est. Pendant ce temps, l'URSS envoyait des trains entiers de céréales à l'Allemagne. Quant à Staline, il n'a guère mis à profit ce calme précaire pour renforcer ses défenses. Jusqu' à la veille de l'attaque allemande du 22 juin 1941, le maître du Kremlin faisait encore confiance à Hitler malgré toutes les informations fournies par les Anglo-saxons et ses propres espions. Le fameux pacte n'a pas empêché la débâcle de l'armée rouge jusqu'à l'hiver 1941, occasionnant des centaines de milliers de morts et des millions de prisonniers. Staline n'a donc pas dû sa survie au pacte, mais à la ténacité de l'Angleterre churchillienne et à l'armée grecque qui a mis en déroute les troupes italiennes dans les Balkans.
A cause de cela, Hitler a perdu plusieurs mois avant d'attaquer l'URSS. Ces fameux mois qui vont manquer devant Moscou alors que l'hiver est arrivé.